Ce n'est pas l'envie qui manquait d'écrire un article. Mais une fois le pied à terre, je ressentais un tel épuisement qu'il m'était difficile de sortir mon gsm et de taper des paragraphes avec mes deux pouces. Je préférais alors manger, contempler le paysage, me plonger dans mon livre ou dans un sommeil profond.

Comme évoqué dans un article précédent, j'ai légèrement raccourci la boucle de mon voyage afin de pouvoir rentrer à temps sans avoir recours à un autre moyen de transport que le vélo et le ferry. Je pensais qu'une fois arrivé à Kingsbridge, je sautillerais de joie d'avoir atteint mon objectif. Mais en réalité, j'étais tellement épuisé que j'errais dans les rues, dans un état second, à la recherche d'un restaurant, d'un banc, d'une épicerie. Je pensais me trouver un logement dans la ville ou à proximité mais le caming le plus proche était fermé et les auberges de la ville pleines ou hors de prix. Après deux restaurants entrecoupés d'un peu de repos, je sors de la ville en quête du champ le plus proche pour y poser ma tente. J'entre dans l'un d'eux dont la barrière est ouverte, m'assieds et lis mon livre pour temporiser. Au bout d'une demie heure, un tracteur s'engage dans le champ. Le chauffeur sors et marche vers la route. Il organisait la manœuvre d'une grosse moissonneuse batteuse en bloquant les voitures sur la route. Je me dirige vers lui et lui demande si c'est son champ. Il m'indique un pickup un peu plus loin en me disant "She's in charge here". J'ai du coup l'occasion de demander directement à la femme à qui appartenait les terres mais celle-ci refuse de m'y laisser camper. Je remonte sur mon vélo pour trouver un autre endroit. Je tombe sur un camping et demande au gérant s'il a de la place mais son camping était plein. En fait ce camping étant réservé aux caravanes, j'avais peu de chance d'y trouver une place. Je poursuis donc ma route, les jambes faibles, le moral bas. J'arrive sur une magnifique route coincée entre la mer et un lac. Voilà une vue qui me remonte le moral. Mais pas pour longtemps...

"I'm affraid to disappoint you." Ma tente était montée un peu en contrebat de la route, à côté d'un sentier pour marcheurs. Je m'apprêtais à y rentrer mes affaires pour enfin pouvoir me reposer lorsque ce vieil homme, venu observer les animaux, s'approche de moi. "This is a natural reserve, you are not allowed to camp here." Il n'y avait aucune animosité dans sa voix. Mais s'il y avait bien un jour ou il ne fallait pas qu'on me vire, c'était celui-ci. Je lui explique ma situation et lui fait comprendre que je n'ai trouvé nulle part ailleurs mais il ne montre aucune souplesse. Je comprends très bien qu'en restant là, je risque une amende. Ma fatigue se transforme en colère et j'explose de rage. Mon interlocuteur était déjà plus loin et heureusement car je n'avais aucune envie de lui faire endurer mon humeur. Je démonte ma tente et replie à nouveau bagage pour reprendre la route. Il est 20h30.

Plus loin, je repère les directions à suivre pour accéder à un autre camping. Je m'engage sur la route perpendiculaire et arrive sur place. Le guichet est fermé mais je finis par croiser le gérant qui m’accueille et me guide vers mon emplacement. Là, c'est le soulagement. Le montage de ma tente sur cette herbe méticuleusement taillée marque le début de ma première vraie pause, deux semaines après le départ. Je me laisse deux nuits pour me reposer les jambes et la tête. Petit pic-nic, petite virée à la plage, bon repos. Cette journée m'a fait un bien fou.

C'est fou comme le cerveau se rappelle si facilement les moments difficiles et moins bien les moments agréables. Je dois parfois m’efforcer de mettre en valeur les moments positifs dans ma tête pour ne pas me laisser bouffer par ce qui m'agace. Et des moments positifs, il y en a eu. Des petits pic-nics sur la plage, des beaux paysages, des chouettes rencontres.

À partir de ce moment, les côtes se sont faites moins rudes, les journée de plus en plus sèches malgré l'une ou l'autre averse. J'ai beaucoup plus profité de mon chemin du retour.

À partir du 6 août, les journées commencent à se faire très chaudes, si bien que je commence à adopter un rythme différent en évitant de rouler l'après-midi. Je profite souvent de ces heures chaudes pour me baigner à la plage et lire. Je me remets alors en selle vers 17h.

Le 7 août, j'embarque sur le ferry qui relie Lymington et Yarmouth. Après une chouette rencontre faite durant la traversée, je débarque sur l'île de Wight et me mets à rouler sur des routes calme avec le soleil couchant. Je grimpe sur une colline (et découvre que son sommet est un terrain de golf) pour y mettre ma tente. La vue est prenante. C'était un des plus beaux spots de bivouac. Mon sommeil a été court à cause de rafales de vent. Je démarre tôt et roule à travers de magnifiques paysages dans la fraicheur du matin. Je suis fatigué mais heureux.

Deux jours plus tard, j'arrive à Brighton et y fais une pause de deux nuits en AirBnb. Je n'ai jamais autant apprécié passer la journée dans un canapé. Oui, vous m'avez bien compris, je n'ai pas visité la ville. Pas du tout. La chaleur était accablante et mes jambes en compote. À peine j'osais me lever du canapé que je retombais en arrière.

C'étais chez Fabian, un plombier qui travaille dur et qui sait y faire de ses mains. Sa terrasse, sa rambarde d'escalier, son cagibi personnel et une chambre double avec douche pour des guests AirBnb fait maison en témoignaient.

Dominik, un Allemand étant venu s'installer à Brighton, loge temporairement chez Fabian et fait du télétravail. À trois, on a passé de chouette soirée à refaire le monde. Je sens que mon Anglais s'améliore petit à petit grâce à l'immersion.

Je repars le 11 août et découvre les seven sisters : des falaises à pic dont la parois est d'une couleur très claire. En visitant ces merveilles de la nature qui attirent des touristes des quatre coins du monde, je rencontre un couple d'Anglais vivants plus au nord. Je les croise à deux reprises par hasard. On fait une promenade ensemble, on discute. À nouveau une très chouette rencontre.

Le soir, je ne suis pas pressé de trouver un bivouac. Je m'installer sur le ponton de Hastings pour y manger un traditionnel fish & chips avec le soleil couchant. La fin du séjour en Angleterre se passe sans encombre et avec une belle météo.

Je prends le ferry le 13 août direction Dunkerque. Je suis super excité à l'idée de rentrer au pays avec derrière moi, trois semaines de vélo chez les Anglais. Je me réveille en Flandre le 14 août après mon dernier bivouac. Au départ je ne savais pas que ce serait mon dernier bivouac. L'excitation du retour m'a donné la force de pédaler 110km jusque Bruxelles. Il faut dire aussi que c'était tout plat et que je n'avais pas besoin de garder des forces pour le lendemain.

Quel bonheur de partir, découvrir et profiter pour ensuite revenir chez soi, le tout à vélo. Me voilà ressourcé et plein d'énergie pour la rentrée scolaire.