C'était en 2016. Mon été d'étudiant me laissait du temps et je sentais en moi une envie d'aventure.

Depuis 2015, le vélo est devenu mon moyen de transport préféré. Comme j'aime le dire: "Ma voiture, c'est mon vélo". Ça faisait alors un an que j'avais découvert les sensations de liberté que peuvent offrir le vélo. Et ce ne sont pas que des sensations. Surtout à Bruxelles où tout est à proximité. Il ne me faut pas 20 minutes pour atteindre la plupart de mes destinations et je ne dépends de personne d'autre.

J'ai voulu aller plus loin et m'accorder une semaine avec moi même, sur mon vélo, à la rencontre de nouveaux paysages et de nouvelles sensations de liberté. Le défi? Rouler jusqu'à Amsterdam au départ de Bruxelles et revenir.

Mon oncle m'a gentiment prêté une paire de sacoches afin que mon vélo soit équipé au mieux. On a également passé du temps ensemble pour apprêter le vélo.

Avant un premier départ, c'est comme avant un premier stage dans une école secondaire. J'ai une idée de ce à quoi m'attendre. Mais face à moi s'étend l'inconnu. Ça peut faire peur l'inconnu. Parfois c'est excitant. Mais dans tous les cas, c'est lors d'une première expérience que j'apprends le plus de mes erreurs.

Les préparatifs, c'était pas trop mon truc. Et pour cause, j'avais du mal à me mettre dans l'ambiance de mon voyage. Sans doute cette fameuse peur de l'inconnu. Du coup, je suis parti sans chambre à air, sans pompe, sans réchaud, sans cartes, sans connaissance des pistes cyclables pratiques et avec à peine un litre d'eau. C'est en chemin que je me suis rendu compte de l'importance de ces éléments. Car, oui, acheter des salades toutes faites chez Albert Heijn à 5€ pendant une semaine, ça se fait ressentir dans le budget.

Mais toutes ces questions étaient encore bien loin le matin (ou plutôt l'après-midi) de mon départ. Ce jour-là, la N1 me convenait parfaitement pour sortir de Bruxelles et rejoindre les premières ville flamandes. C'est ce jour-là également que j'ai découvert la fietsostrade qui relie Malines et Anvers. Les fietsostrades sont des voies rapides pour les vélos en Flandre. J'étais ravi puisque impatient d'atteindre la frontière. La Belgique, on connaît, pas besoin de faire de chipotti chipotta dans la région. De plus, cette voie rapide est fort agréable à parcourir.

Ma première nuit au nord d'Anvers

Je ne l'ai su que plus tard mais la première nuit passée au nord d'Anvers était la seule nuit que j'aurai l'occasion de faire en camping sauvage durant ce séjour. Et ce n'est qu'après avoir passé une heure et demie à traverser la zone industrielle du port d'Anvers pour rejoindre la frontière Néerlandaise que je suis tombé sur ce lopin de terre séparant un terrain de golf de l'Escaut. Bien que dans une zone assez particulière, c'était une de mes nuits les plus paisibles.

En partant de chez moi à vélo, cela ne ressemblait qu'à une simple balade. Mais c'est le premier matin que je me suis rendu compte que j'étais véritablement en voyage. C'est alors que se sont ouverts à moi tous ces paysages Néerlandais que des photos décriront mieux que mille mots.

Rotterdam1 Rotterdam2

La dernière rencontre

Il devait me rester encore 2 nuits de voyage avant de rejoindre Bruxelles le jour où je suis parti de Rotterdam, sur le chemin du retour. Mes douleurs aux genoux me ralentissaient et je songeais déjà à prendre le train pour rentrer. Ma journée entrecoupée de pauses de plus en plus longues s'est terminée non loin de mon point de départ, au sud de Dordrecht.

C'est en cherchant un camping que je tombe sur un Anglais, aussi à vélo, dont le nom m'a échappé. Et pour cause, ce n'est qu'en se quittant le lendemain matin que l'on s'est échangé nos prénoms. Ce soir-là, je n'avais pas de liquide sur moi (or le camping ne prenait pas la carte) et il m'a payé le camping et offert une bière. On passe la soirée ensemble à débattre sur la théorie du platisme (en laquelle il croit) et sur le voyage à vélo.

En se quittant le lendemain matin, il me lance "Brussels here we go! you will get there tonight, I'm sure.". Je lui réponds qu'avec mes genoux en compote, ça risque d'être compliqué.

C'est en arrivant au premier supermarché de Breda que je comprends qu'il avait peut-être raison: mon compte en banque était vide. Impossible m'acheter de la nourriture ou de me payer un camping pour une autre nuit. Il est très difficile de faire du camping sauvage aux Pays-Bas et en Flandre car tout est fort contrôlé. J'aurais pu alors frapper à des portes en chemin pour demander que l'on me loge. Mais je ne me voyais pas demander un lopin de terre pour monter ma tente ET de la nourriture. D'ailleurs l'idée ne m'était même pas passée par la tête à ce moment-là. Je passe alors par un état d'incompréhension, puis de stress, de peur, de colère...

Et c'est sur le chemin vers Bruxelles que je m'apaise. Je comprends que c'est l'occasion rêvée pour moi de dépasser mes limites.

Ce jour-là, j'ai roulé 130km avec un vélo chargé.

Ce jour-là, j'ai compris que j'étais capable de bien plus que je ne l'imaginais.