Le vendredi 14 septembre 2018, je fête mon premier mois complet de voyage. Je me doutais que partir à l'aventure m'apporterait beaucoup et qu'elle serait parsemée de bons moments ainsi que de moment difficiles. Mais jamais je ne me serais attendu à toutes ces expériences vécues depuis lors.

En un mois je remarque une nette progression physique. Au début du périple, je faisais entre 35 et 55 kilomètres par jour. Ensuite je suis passé à une constante d'environ 50 kilomètres par jour mais toujours avec une vitesse moyenne de 13 km/h. "Ah ouais, pépère toi !" me lâchent les autres cyclorandonneurs. Ce n'est qu'après avoir entendu ces réactions et après avoir roulé aux côtés d'autres cyclistes en voyage que je prends conscience de ma lenteur. Mais, après tout, "lentement mais sûrement".

Ce n'est que récemment et après plusieurs rencontres que je commence à pousser un peu plus sur les pédales.

Chaque semaine était fort différente des autres. Certaines furent passées seul avec moi même, tantôt sous un beau ciel, tantôt sous une fine pluie. Alors que d'autres ont été passées avec de la compagnie. C'était le cas ces 7 derniers jours. J'ai rencontré Pierre samedi passé, un Français d'origine indienne qui fait un trajet France - Inde en courant. C'est un sportif de haut niveau qui aime les défis ambitieux mais pas du genre à se prendre la tête pour autant. Comme il court vite et que je roule lentement, on se rejoint le soir pour un bivouac partagé. J'étais loin de m'imaginer qu'on allait s'entendre au point de faire la plupart de nos bivouacs ensemble jusque Vienne. On forme un bon combo et j'ai vite appris à mettre mon complexe d'infériorité de côté. Après tout, chacun son rythme. C'est d'ailleurs une sacré coïncidence de rencontrer en route quelqu'un qui fait les mêmes distances que moi malgré un mode de déplacement tout à fait différent, qui est parti de chez lui exactement le même jour que moi et qui est passé à Nancy, en France, le même jour que moi également.

Une autre rencontre qui aura marqué ce premier mois s'est produite avec Pierre le jour de notre pause à Passau en Allemagne. Intrigués par leur tandem couché garé au milieu du camping, on aborde un jeune couple qui venait d'arriver. Il n'a pas fallu plus de 5 minutes de discussion pour que je comprenne que Thomas est un bon ami de Timothée, mon cousin parti en voyage à vélo en Inde. Il a également été son professeur de charpente. Benoît, mon frère, a également eu l'occasion de le rencontrer lors de son retour de voyage à vélo.

Je suis littéralement sur le cul. Je n'arrive pas à croire que le hasard ait fait se croiser nos chemins.

Nous prenons tous les quatre la direction de Vienne qui est notre prochain point de rendez-vous. Mais sur la route on se refait un ou deux bivouacs ensemble.

Cette triple rencontre, en plus d'être prodigieuse me fait beaucoup de bien et à Cécile, Thomas et Pierre aussi. Je me suis senti littéralement boosté. J'ai redémarré de Passau avec un grand sourire aux lèvres et plein de jus dans les mollets.

J'ai alors commencé à augmenter la cadence pour atteindre les 18, puis les 20-22 km/h de moyenne sur du plat. Bon, les 22 km/h, c'était en prenant la roue du bolide de Thomas et Cécile. Avec leurs deux moteurs, ils maintiennent une vitesse de 28-30 km/h sur du plat.

Je rencontre également un Allemand, Daniel avec qui on partage plusieurs dizaines de kilomètres après avoir passé la soirée ensemble à un camping.

Samedi 15 septembre, est un grand jour également car je fête mon arrivée à Vienne. Les rues du centre sont bondées de touristes, je retrouve petit à petit mes réflexes de cycliste urbain et sillonne entre les voitures et les pietons pour arriver au cœur de la capitale. Quelle satisfaction d'y être arrivé uniquement par la force de mes jambes!

Pierre me rejoint pour la fin de l'après midi et on se retrouvera aussi avec Thomas et Cécile dimanche pour fêter cette étape.

Mais c'est aussi l'endroit où nos chemins se sépareront début de la semaine prochaine. Quitter ce groupe d'aventuriers sera comme un nouveau départ pour moi.

Ce week-end, je suis hébergé chez Katherine, une collègue de ma tante. Encore une fois, j'ai beaucoup de chance. C'est une personne ouverte sur le monde et avec qui on s'entend directement à merveille. Après tant de nuits passées dans les bois et les plaines de réserves naturelles, accompagnées de bruits d'animaux et de la rosée du matin, trouver le sommeil dans un lit fut presque difficile. Quelle ironie n'est-ce pas.

Voilà qui clôture un mois bien chargé en émotions et défis. Pour l'instant, c'est une grosse pause qui s'offre à moi. Ensuite, c'est l'aventure qui redémarre.

Je remercie du fond du cœur toutes les personnes qui m'ont soutenu jusqu'ici, en pensées en aide directe ou financièrement.