Une des raisons qui m'a poussé à inclure le Maghreb dans la boucle de mon voyage était de pouvoir voir et vivre une culture fort différente de la mienne. J'avais certaines attentes quant à cette partie du voyage et j'étais persuadé qu'une fois la mer traversée, je vivrais un grand décalage et dépaysement.

Mais, il y a une semaine, je suis arrivé en Albanie. Et je réalise que je n'aurai pas à attendre d'aller au Maghreb pour vivre un puissant dépaysement.

De fait, rapidement après le passage de la frontière, je me sens complètement ailleurs. Enivré par l'atmosphère des rues et de la vie des passants, je me balade, plus lentement. J'observe. Je vis.

Je remarque plein de changements par rapport à ce que j'ai pu voir auparavant. La redondance de commerces tels que stations services, garages, cafés, épiceries et vendeurs de téléphones. Les automobilistes qui klaxonnent sans cesse, soit pour dire bonjour, soit pour dépasser. Ça a l'air de rien comme ça, mais c'est épuisant, surtout additionné à une conduite approximative. L'école ici termine vers 13h. Du coup, à partir de ce moment-là, on peut voir les adolescents marcher le long des routes pour rentrer à la maison. Les groupes de filles sont plus calmes. Les groupes de garçons, eux, crient et disent bonjour en anglais, me demande de m'arrêter et me posent pleins de questions. En tant que futur prof de langues, je prends ça comme une occasion pour eux d'utiliser ce qui est vu en classe dans un contexte réel.

Au plus j'avance, au plus je remarque que j'arrive à prendre des décision avec lesquelles je me sens bien. Par exemple la décision de passer par la capitale du pays : Tirana. J'ai adoré passer du temps dans cette ville. Me balader dans les espaces publics, faire le plein de nourriture au marché, manger comme les locaux. J'étais d'abord tenté par un snack. Puis je tombe sur des restaurants avec principalement des gens de la ville présents en famille ou avec des amis. Ils mangent tous la même chose : des boulettes de viande avec du pain et une sauce blanche. Je n'hésite plus et demande au serveur de m'apporter la même chose… Avec des frites bien sûr. Je ne regrette pas d'avoir essayé quelque chose de différent.

En sortant de la capitale, j'ai eu la chance d'être hébergé par une famille d'Albanais. En roulant le long des habitations, on peut remarquer que beaucoup d'habitants ici laissent des barres de fer dépasser de leur toit ou parfois logent au premier étage en laissant le rez-de-chaussé en travaux. La raison pour cela est qu'ils ne doivent pas payer de taxes pour une maison si les travaux sont toujours en cours. C'est une américaine rencontrée en Autriche qui m'a expliqué ça. Je ne me suis pas encore assez renseigné sur le gouvernement Albanais, mais je crois sur parole les personnes qui me disent que une grande majorité du pays le déteste. Pour cause, bien que l'Albanie soit un pays magnifique, pour une grande majorité des habitant, la vie y est difficile et la pauvreté fort présente.

Ce soir-là, j'ai eu l'occasion d'entrer dans une de ces maisons. Ici, les gens vivent fort en famille. Durant la soirée une dizaine de membres de la famille passent dans le salon. Certains restent toute la soirée, d'autres passent et s'en vont. Ici, les gens mangent ce qu'ils produisent. La table basse du salon se remplit d'assiettes de pain, fromage, tomates, miel, pommes de terre, soupe et viande. Je n'arrive pas à le croire. C'est un véritable festin et rien n'a été acheté à l'extérieur. On discute et on rigole bien grâce à la jeune adolescente qui se débrouille plus ou moins en Anglais et un traducteur sur mon téléphone.

Malgré la pauvreté, je suis marqué par la générosité des gens ici. Je trouve cette réflexion un peu bateau car c'est la réflexion que tout occidental se fait lorsqu'il arrive dans un pays pauvre et qu'il a l'occasion d'être avec des locaux. Mais j'espère vraiment pouvoir être inspiré par ces expériences afin de, moi-même, à l'avenir, adopter plus une attitude de partage.

Ici, la vie se fait beaucoup plus en communauté. Les gens ont besoin d'être en contact avec les autres. Pas facile du coup quand on attire l'attention avec un vélo chargé mais qu'on préférerait rester seul et avoir du calme…

Ce passage en Albanie, c'était une expérience puissante, tant personnelle qu'interpersonnelle. Ça n'a pas toujours été facile. Je ne risque pas d'oublier cette partie de ce périple.

Demain, je reprends la route direction la Grèce.